«Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place »

Cette fameuse maxime de l’auteur écossais SamuelSmiles n’a pas pris une ride. Elle se décline dans bien des domaines, comme à l’organisation des pièces d’une maison où l’on concilie l’ordre et le fonctionnel. Ainsi, toute une panoplie de meubles de rangement officie depuis des siècles pour nous rendre la vie plus facile. Chaque pièces a les siens, redécouvrons ce beau mobilier, ses usages et ses particularités.

L’ENTREE

 

Cette pièce accueille les visiteurs tout en protégeant l’intimité de la famille. Son mobilier compte souvent comme principal meuble de rangement une console équipée de tiroirs, les plus élégants sont montés en doucine ou en ceinture.

Les étagères sont aussi appréciées pour meubler une entrée et présenter des objets de collection, des sculptures. Les étagères de Thomas Hache, ébéniste français du XIXe siècle s’inspirent de l’orient. Edgar Brandt, ferronnier d’art et alsacien inscrit ses étagères dans l’Art déco.Tandis que celles du designer Jean Prouvé sont des incontournables des années 50.

 

 

LE SALON
Pièce à vivre, le salon est le lieu où l’on reçoit ceux qui souvent ne pénètrent pas plus avant dans un domicile. Il est démonstratif des goûts des occupants et parfois se veut une vitrine sociale.
Différents meubles peuvent y trouver place comme une commode, des encoignures qui sont spécifiques pour occuper un angle, et des vitrines souvent riches de collections. Les commodes sont munies de tiroirs, ce nom de commode remonte au XVIIIè siècle. On note différents écrits qui présentent ce meuble, un des plus fabriqués. « C’est un meuble d’invention très nouvelle que sa commodité a rendu bien vite très commun » peut-on lire dans un dictionnaire de la moitié du XVIIIe. Mais, c’est au Duc d’Antin que revient la paternité du mot. Il déclare dans  une lettre de 1708 avoir admiré chez François Guillemart deux commodes en cours d’exécution pour la chambre du Roi à Marly. Les plus célèbres ont été réalisées par  Charles Boulle. Qu’elle soit en tombeau, en sauteuse, en sarcophage, Louis XV, Louis XVI, Empire ou Restauration, la commode demeure une pièce maîtresse des intérieurs de style.
LA SALLE A MANGER
La salle à manger est la pièce où se prennent les repas familiaux, c’est aussi là, où l’on reçoit à déjeuner et à dîner. La salle à manger prend son essor durant le XIXe avec l’apparition du « service à la Russe » qui invite les hôtes à s’asseoir autour de la table pour déguster des mets successifs servis chauds. Il remplace le service « à la Française » plus proche d’un buffet froid.
Dans la salle à manger, on tient à disposition des convives des couverts rangés dans un buffet. Des meubles de service à tiroirs ou à étagères sont aussi bien venus comme les dessertes en acajou garnies d’un dessus de marbre. L’usage d’une petite table roulante quelquefois design peut aussi remplacer la déserte. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un meuble, mais d’un plat à étages superposés, le serviteur muet est de bon aloi pour présenter à table les fruits et les pâtisseries. Cette pièce de réception est aussi meublée d’un vaisselier. Souvent constitué de deux corps superposés, fabriqué parfois en bois de fruitier, il abrite les services de table. Parfois un argentier complète ce mobilier. Sorte de petite armoire dont le style varie en fonction de l’époque, il présente deux portes vitrées à l’avant et des parois latérales également vitrées. On y rangeait l’argenterie. L’usage de ce meuble  a évolué, il s’assimile  aujourd’hui à une vitrine, on y expose collection et objets rares.
LE BUREAU, LA BIBLIOTHEQUE
Tout comme le fumoir, le bureau est un espace souvent masculin. On le nomme aussi cabinet de travail.
Cette pièce s’articule généralement autour d’un bureau plat ou droit, à rideaux et munis de mécanismes comme en fabriquait Boulle, ou encore monolithique dans un esprit Art déco : le bureau est la pièce maîtresse du lieu. La bibliothèque est l’autre meuble de référence de cette pièce de travail. Longtemps les livres ont été rares et chers. Leur lecture n’était pas destinée à tous. Au cours de nombreux siècles, ils ont été l’unique source de savoir et leurs propriétaires fortunés les conservaient avec le plus grand soin dans une bibliothèque.

Ces bibliothèques répondent à différentes définitions. D’abord, il y a le meuble, muni de deux à quatre portes. Ces bibliothèques ne sont pas fixées au mur et leurs portes sont largement vitrées afin qu’on voie le dos des livres. Ils sont rangés sur des étagères montées sur crémaillères. Le chêne, le noyer et très souvent l’acajou sont employés pour leur fabrication, notamment pour celles de style Empire et Restauration. L’acajou est aussi le bois de prédilection des bibliothèques d’origine anglaise. Au-delà du meuble, dans une demeure, la bibliothèque est une pièce dévolue aux livres. Cette pièce garnie de rayonnages, d’étagères fixées aux murs est un héritage des bibliothèques historiques comme il en demeure encore : La Bibliothèque Mazarine à Paris, celle du Duc d’Aumal à Chantilly ou encore celle du château de Fontainebleau. Elles sont conçues à partir de boiseries en panneaux richement sculptés. Avec ses sept tiroirs, le semainier et les classseurs permettent le rangement des documents.

Et parfois dans le bureau, se trouve un coffre-fort. Au XIXe siècle, ce meuble sécurisé est en fonte, parfois agrémenté de bronzes comme en témoignent ceux réalisés par les maisons Vallet, Gallet  ou Versten à la fin du XIXe siècle.
SALLE DE TOILETTE
Contrairement à l’Antiquité et à ces thermes, longtemps en France la toilette n’avait pas de lieu de prédilection où s’exprimer. Au mieux la chambre était équipée d’un broc, d’une bassine qui y pourvoyaient. Ce moment particulier a inspiré de nombreux artistes et à travers leurs peintures, l’état des lieux de cet espace réservé à l’hygiène corporelle est parlant.
Ce n’est qu’au cours du XIXe siècle que la salle de toilette voire de bain devient une pièce spécifique.
Alors, la salle de bain est encore un vrai luxe. Le peintre suédois Carl Larsson peint en 1908 « Summer Morning », une scène de toilette qui présente l’aspect rudimentaire de ce lieu, tout comme Bonnard la même année avec « La toilette ». Ou encore, la toile « Femme à sa toilette »  de Gustave Caillebotte un peu plus tôt. Nous sommes encore bien loin du luxe inouï de la salle de bain réalisée par Armand Albert Rateau pour Jeanne Lanvin en 1920 !
Dans l’immense majorité, cette pièce réservée à la toilette comprend un meuble de toilette en bois recouvert d’un plateau en marbre, parfois percé d’un orifice destiné à recevoir une cuvette en faïence et son broc. Ce meuble à ventaux et à tiroirs est l’essentiel du mobilier de la salle de toilette.
LA CUISINE
Cette pièce où l’on s’active pour préparer les repas a de tout temps demandé de nombreux rangements fonctionnels. Dans un cadre bourgeois, la cuisine jouxte l’office où se range tout ce qui a trait aux ustensiles de service et son accès est réservé au personnel, jamais aux visiteurs.
Mais dans bien des cas, c’est aussi une pièce plus simple où la maîtresse de maison prépare les repas et conserve les denrées, la vaisselle, et tout le nécessaire pour dresser une table.
Quels meubles ? pour quel usage ?
Des placards muraux lorsqu’ils sont anciens sont équipés de façades remarquables, souvent constituées de deux portes en bois régional ouvragé comme le chêne et le noyer.
D’autres meubles spécifiques y ont aussi leur place : la panetière toujours fixée au mur est en bois ajouré, on y conserve le pain et d’autres aliments à l’abri de l’humidité et des nuisibles. Le confiturier pour les confitures et les conserves, le verrier est réservé aux verres et carafes. Ce meuble en bois agrémenté de portes vitrées se fixe sur le mur pour éviter tout choc fatal.
Les premiers réfrigérateurs avaient des façades en bois de grosses serrures métalliques. Les premiers sont réservés aux restaurants et cafés et datent des années 20. Ils ont le charme du design propre au mobilier industriel de ce début du XXè siècle.
LA CHAMBRE
En France, la chambre à coucher individuelle est apparue peu à peu comme une quasi-norme architecturale au cours du XIXe siècle. Cette pièce intime et exclusive reçoit  quelques meubles de rangements immuables. D’abord l’armoire, elle reprend les codes stylistiques régionaux, armoire normande avec sa corniche en « chapeau de gendarme », ou encore provençale sculptées de corbeilles fleuries  elle préserve le linge et les vêtements, Avant le XXe siècle, les armoires ne sont pas munies de glace, on se rajuste devant une psyché. Le rapprochement de ces deux meubles donne l’armoire à glace qui se diffuse très vite dès les années 1920. C’est un meuble de chambre à coucher. L’appellation « homme debout » désigne un autre genre d’armoire, c’est un meuble souvent en chêne qui nous vient du XVè siècle, il possède deux vantaux superposés et séparés par un tiroir. Parfois un secrétaire à secrets meuble la chambre à coucher, on y classe ses documents les plus précieux, comme la correspondance privée. Petit meuble affecté à l’élégance, la coiffeuse trouve elle aussi sa place dans la chambre. Dans ses tiroirs se rangent les brosses les crèmes, les fards, les parfums et parfois un coffret à bijoux… De part et d’autre du lit un autre petit meuble participe au rangement : le chevet, un petit meuble de rangement pour passer sa nuit.
Lorsqu’il écrit « La poubelle est le meilleur des accessoires de rangement» Frédéric Dard, l’auteur de la série des San Antonio est loin de partager l’avis de tous. En effet, si pour les uns ranger est une corvée qui se règle par le vide, pour d’autres, ce peut être un plaisir. Mais en tout état de cause, le rangement est une nécessité à laquelle tous nous sommes confrontés. D’ailleurs, ce besoin de protéger, de classer, ou encore d’exposer au regard ses objets, trouve une réponse adaptée au travers de nombreux meubles, souvent spécifiques. Certains meubles sont exclusivement constitués de tiroirs comme les chiffonniers, apparus sous la Régence, ils abritent le linge.
Les adeptes d’une maison bien rangée ont pour satisfaire ce besoin tout un choix de mobilier, ceux des époques passées font la joie des amateurs de beaux meubles qui aiment chiner à la Foire de Chatou.